Liquidation d’Uzaje, société de lavage des emballages recyclables : les dessous d’un « gâchis »

Quel immense gâchis pour le secteur de l’économie circulaire en Alsace (et pas que). Dans un article réalisé par les DNA, j’ai pu donner ma position et parler des freins au développement du réemploi : la loi AGEC n’est pas respectée, les producteurs de déchets misent sur le recyclage et le lobby du plastique profite du manque de sanctions pour continuer le business « as usual ». Sans contraintes envers les producteurs de déchets et leurs éco-organismes, sans sanctions, les initiatives vertueuses pour sortir de l’emballage à usage unique vont connaître le même sort qu’Uzaje.

L’article des DNA ci-dessous :

Le 30 octobre dernier, Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, visitait le site strasbourgeois d’Uzaje, société nationale spécialisée dans le lavage d’emballages réutilisables. Patatras, sept mois plus tard, Uzaje met la clé sous la porte, faute de l’application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) – qui date de 2020 quand-même –, et du « flou » qui entoure le respect des objectifs réglementaires du réemploi par les acteurs de l’alimentaire, « notamment l’éco-organisme Citeo  ».

« C’est un gâchis scandaleux ! » estime le sénateur écologiste du Bas-Rhin, Jacques Fernique, co-rapporteur en 2025 d’un rapport « mitigé » sur la loi Agec. Aujourd’hui, à peine 2 % des emballages sont réemployés en France, alors que les objectifs fixés par le texte étaient de 5 % en 2023 et 10 % en 2027. Le système engageant la responsabilité des producteurs est lui aussi en panne : il ne touchait que 5 % du gisement total des déchets en 2022 et seulement 33 % actuellement. L’objectif de recycler 100 % des emballages en plastique à usage unique d’ici le 1 er  janvier 2025 n’est pas non plus atteint.

« L’État n’est pas à la hauteur »

Pour les partisans de l’économie circulaire, ces échecs témoignent d’un manque de volonté politique et de l’influence prégnante des lobbys de l’industrie agroalimentaire et du plastique. « L’État n’est pas à la hauteur ! Il doit faire de l’accompagnement, mais il doit aussi être capable d’assurer son rôle de contrôle et de sanction », tance Jacques Fernique. « La consigne et le réemploi nécessitent une stratégie industrielle qu’on ne peut pas laisser aux éco-organismes. Nous avons besoin d’un État musclé pour faire bouger les lignes. »

C’est pour cette raison qu’Emmanuel Fernandes, le député LFI de Strasbourg, a demandé, dans une lettre adressée à Mathieu Lefèvre, la mise ne place de « contrôles renforcés » et de « mécanismes de contrainte », ainsi que des « dispositifs d’indemnisation » pour compenser les conséquences des manquements constatés dans l’application de la loi. « À Strasbourg, un centre de lavage de contenants alimentaires ferme faute de demande. En même temps, la France verse 1,5 milliard d’euros d’amende à l’Union européenne pour non-respect des objectifs de réemploi… », a ironisé le député au lendemain de la déclaration d’Emmanuel Macron, le 19 mai, devant le cinquième conseil de planification écologique, visant à relancer la consigne des bouteilles plastiques.

3,5 millions d’euros d’aides publiques

Emmanuel Auberger, le patron d’Uzaje, dit avoir calibré le seuil de rentabilité sur les objectifs fixés par la loi Agec, la loi Egalim et la réglementation européenne (PPWR). « L’entreprise n’a pas réussi à atteindre un modèle économique pérenne dans un marché dont le développement est resté plus lent qu’anticipé », expliquait la société à l’issue de sa liquidation, prononcée le 11 mai par le tribunal de commerce de Bobigny.

Inauguré à Strasbourg en 2024 , le troisième centre d’Uzaje avait bénéficié de 3,5 millions d’euros d’aides publiques (Ademe , région Grand Est, Banque des territoires, BPI France). Dimensionnée pour traiter jusqu’à 45 millions d’unités par an, employant 45 salariés, l’usine alsacienne ne nettoyait qu’entre 5 000 et 6 000 bouteilles par heure et une équipe par jour. L’arrivée de nouveaux clients allemands et la liste d’habitués n’ont donc pas suffi.

La brasserie strasbourgeoise Bendorf tire la sonnette d’alarme : elle s’inquiète pour la pérennité de la consigne. Premier apporteur d’affaires d’Uzaje avec 120 000 bouteilles par an, le brasseur demande l’application pure et simple de la loi Agec. « Le problème n’est pas technique, mais une question de volonté », commente Benjamin Pastwa, le patron de la brasserie, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Histoire de rappeler les industriels et les politiques, tous présents à l’inauguration du site d’Uzaje, à leurs responsabilités : celle de sortir des incantations et des faux-semblants.

Article écrit par Franck Buchy, à retrouver ici

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