Lundi prochain, l’entreprise française de lavage Uzaje va être liquidée. Son plus gros site est à Strasbourg ! Ce cas concret dit beaucoup de notre incapacité à structurer une véritable économie circulaire.
Uzaje, c’est une entreprise industrielle qui lave des bouteilles, mais aussi des bacs en inox, des bocaux, et plus largement des contenants en verre et en plastique, pour permettre leur réemploi. Une vraie alternative à l’emballage à usage unique.
En un peu moins d’un an, le site strasbourgeois a permis de laver plus de 300 000 bouteilles. L’outil fonctionne ! Et pourtant, depuis fin mars, l’entreprise est en redressement judiciaire. Le jugement aura lieu le 11 mai : c’est là que se décidera son avenir.
Pourquoi en est-on là ?
Pas parce que la technologie ne marche pas. Pas parce que le besoin n’existe pas. Mais parce que le réemploi repose largement sur des acteurs artisanaux, engagés, mais qui ne peuvent pas, à eux seuls, faire tourner une infrastructure industrielle.
Pourtant, la loi AGEC prévoit des objectifs de réemploi très clairs : 10 % en 2027 pour toutes les entreprises. On en est loin. Ces objectifs, s’ils étaient réellement appliqués, suffiraient à faire fonctionner efficacement une installation comme celle d’Uzaje.
Mais aujourd’hui, il n’y a ni contrainte réelle pour les producteurs de déchets, ni sanctions. On continue à soutenir massivement le recyclage, pendant que le réemploi reste fragile. C’est exactement pour cela que, dans mon rapport sur le bilan de la loi AGEC et dans les propositions que nous avons fait voter dans le projet de loi DADUE, je défends une ligne très claire.
Nous avons besoin d’une stratégie d’économie circulaire pluriannuelle et élaborée au niveau de l’Etat, et de façon interministérielle (pilotée par le SGPE) ; cela veut dire notamment, réaffirmer la priorité donnée à la réparation, au réemploi et à la réutilisation. Il faut contraindre les éco-organismes comme CITEO à financer et à déployer le réemploi.
Et cela veut dire planifier à l’échelle des territoires, comme ici dans le Grand Est, pour garantir des volumes et sécuriser les investissements publics.
Parce que sinon, qu’est-ce qu’il se passe ?
On investit de l’argent public. On crée des outils industriels. Et on les laisse tomber. Le cas Uzaje est un signal d’alerte. Si on ne change pas les règles du jeu, d’autres suivront. Le réemploi doit devenir incontournable dans notre modèle économique.
Les dés semblent être jetés pour l’entreprise UZAJE, mais la suite du développement du réemploi, en Grand Est et en France, est toujours en jeu.
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